Ça y est, il s'est décidé. Claude Allègre rejoint Nicolas Sarkozy. Celui qui est co-responsable de la défaite de Lionel Jospin (pourtant son ami de longue date) en 2002 (le «vote enseignant» presque toujours acquis au PS a fait grise mine en 2002 et on ne peut pas croire que celui qui a fait tant de mal à l'Éducation Nationale pendant 3 longues années y soit totalement étranger) se rallie donc au Président de la République. Mais ce n'est pas trop l'objet de ce billet.
Non, il s'agit de reprendre et analyser ce que M. Allègre croit bon pour l'Éducation Nationale... Parce que le sieur a tout de même un sacré culot. C'était mercredi dernier (22/02/2012) sur l'antenne d'Europe 1. Il analyse deux problèmes majeurs pour l'EN:
- le salaire des enseignants. «Il faut augmenter les profs» On ne saurait lui donner tort. L'étude PISA 2009 révèle en effet que, sur la décennie écoulée, seuls deux pays de l'OCDE n'ont pas augmenté le salaire statutaire de leurs enseignants: la France et la Grèce. Dans les autres pays les efforts sont substantiels (parfois jusqu'à +40%, souvent autour de 20%. Même le Royaume-Uni qui a taillé sévèrement dans ses dépenses publiques n'a pas remis en cause le principe de l'augmentation de ses profs) même si cela ne suffit pourtant pas toujours à garantir le pouvoir d'achat (rappel: 20% sur 10 ans, cela fait moins de 2% par an, ce qui ne compense pas l'inflation). En France, le «point d'indice» (qui sert de base au calcul de tous les traitements de tous les fonctionnaires) est «gelé» depuis 2010 et avant, sa revalorisation était tous les ans nettement inférieure à l'inflation. Et depuis 2011, les prélèvements retraite augmentent.
- la dispersion. «Il faut se recentrer sur les fondamentaux» Là encore, difficile de lui donner tort tant la maîtrise du calcul et du français sont souvent les principales causes de toutes les difficultés des élèves et des étudiants.
Bon, le constat est là et M. Allègre semble y tenir et n'avoir «jamais changé» sur ces questions. Nous allons donc pouvoir trouver des preuves de ces attaches fondamentales dans son parcours rue de Grenelle...
- Sur la rémunération des enseignants, notons que le seul fait d'arme de M. Allègre a été la diminution de 16,9% du montant des heures supplémentaires. Chapeau bas pour l'augmentation de la rémunération. Notons qu'avant même cette baisse hallucinante, les heures supp dans l'Éducation Nationale étaient... moins payées que les heures statutaires. De ce point de vue, la loi TEPA, en défiscalisant les heures sup (et en faisant des profs les grands gagnants de cette mesure dans le public), n'a fait que rendre une partie de ce que ce cher M. Allègre avait pris. Au passage, je vous laisse comprendre aisément comment les premières années de la saignée opérée par les gouvernements Sarkozy se sont passées sans trop de casse (suppression de postes mais ouverture du robinet à heures sup au début et ensuite, il est plus facile de réduire ce volant d'heures que de supprimer brutalement des classes).
- Sur le recentrage sur les fondamentaux, on appréciera la promotion des TPE par M. Allègre qui ont été mis en place en prenant des heures sur les fondamentaux justement (physique-chimie, SVT, LV1, etc.) pour des résultats peu probants. Cette création (puis suppression en terminale dans les années qui ont suivi leur création, les TPE n'existent plus qu'en première) a augmenté l'effet saupoudrage dont souffre l'Éducation Nationale.



